Qui suis-je ?

J’ai d’abord été une petite fille très pressée d’aller voir tous les jours si son dernier numéro d’Astrapi était arrivé dans la boite aux lettres.

Ces jours-la j’en lisais les meilleures pages en douce, sous la table, pendant le déjeuner. Ce qui m’arrangeait beaucoup quand le menu était céleri-cotes de porc…

J’ai mémorisé avec mes soeurs les histoires et les illustrations des albums dont nous disposions a la maison. Quel bonheur aujourd’hui de revoir ces mêmes livres jaunis dans les mains des zouzous quand nous allons en vacances chez « Papymamie »!

J’ai aimé l’odeur des bibliotheques municipales, des bibliobus, des CDI et j’ai avalé sans broncher tout ce qui se faisait sévèrement appeler  » lectures obligatoires » au collège. Le jour ou j’ai du présenter  » L’histoire d’Helen Keller » devant toute ma classe, j’ai bafouillé, bégayé, tremblé, j’ai rougi comme une pivoine et mes feuilles ont plie sous la moiteur de mes mains. Mais le regard complice de ma vieille chouette de prof de français m’avait conforté sur le fait qu’il était très excitant, non seulement d’avoir choisi et aimé un livre, mais en plus d’avoir su en partager l’histoire, avec les bons arguments et les bons mots, pour que le formidable destin d’Helen Keller atterrisse dans d’autres mains.

Plus tard je me suis demandé « ce que j’allais faire de moi », prise dans le tourbillon de la construction de soi, j’ai étudié, j’ai rédigé (et effacé ), j’ai traduit (un peu), j’ai lu (beaucoup) et j’ai saisi au vol toutes ces opportunités d’ouvertures vers le monde et la culture qu’offre la vie étudiante. J’ai voyagé, déménagé des kilos de cartons de livres. Un jour je suis restée en pâmoison devant la bibliothèque privée d’un couple de gens formidables qui faisaient un métier formidable: révélation. Retour sur le bancs de l’école, avant d’endosser des gilets noir, puis vert, puis rouge, puis bleu..

Je vis avec un homme formidablement et incontrôlable avec qui j’ai commencé un beau voyage, sauté du train en marche, oublié de composter le ticket, repassé par la case départ puis traversé l’Atlantique avec une alliance au doigt. Au retour nous étions 3, puis nous sommes devenus quatre!

Aujourd’hui je tente de trouver l’équilibre parfait entre mes 2 passions, mon métier et ma famille et je travaille désormais dans un petite librairie indépendante du Val d’Oise.

Je vends des livres a des personnes qui venaient a l’origine acheter des agraphes.

Je dis « lisez-ça c’est formidable » pour des livres que je n’ai pas lus et je suis quelquefois incapable de parler des livres que j’ai lus.

Je déniche les bonnes idées de cadeaux de naissance en craquant devant tous les nouveaux-nés emmitouflés dans leurs landaus.

J’arrive a trouver le « livre que je sais plus le titre mais y z’en ont parlé ce midi…oui c’est un livre bleu »,

Je trouve des livres pour « quand il veut pas aller sur le pot », « il a peur la nuit » ou qu’ « il a perdu une dent »

Je dis aux ados qu’ils peuvent très bien lire de la littérature adulte et je parle aux adultes de l’incroyable richesse de la littérature ado.

J’ai Mein Kampf dans mes rayons, et Nabilla aussi.

J’accueille des gens qui cherchent « des choses légères » et qui repartent au final en ayant choisi Brûlée Vive.

Je dois décrypter les listes scolaires et trouver « Le Cid » de Germinal, souvent.

Je vends un guide du Routard Portugal, un dico portuguais et une carte de Madere puis je dis au gens »Bon Voyage! » ils adorent ça.

Je fais des petits paquets cadeaux avec les prénoms des personnes a qui il sont destinés et j’y glisse des marque pages.

Je renseigne des gens fort sympatiques qui viennent contrebalancer par leur attitude adorable tous les gens bien moins mignons.

Je fais des tables pyramidales, thématiques, des tables avec des codes couleur, par age, par collection..puis je défais tout…